Mélodie Nelson

Chronique de Mélodie Nelson

Mélodie Nelson
Canoë

Les salopes

Les salopes

Des femmes participant au «Slut Walk» de Los Angeles.Photo Wenn

Mélodie Nelson

Dernière mise à jour: 14-10-2015 | 15h38

Je ne savais pas quoi répondre quand une fille m'a indiqué que c'était tout à fait normal qu'un mec questionne une inconnue sur son tarif pour une activité sexuelle, si cette inconnue porte une minijupe et un kilo de rouge sur les lèvres.

«Si elle s'habille comme ça, faut accepter qu'on la traite comme une prostituée.»

J'étais entouré de mamans de mon quartier. Je ne voulais pas partir en croisade et revendiquer mon droit de porter des t-shirts blancs sans soutien-gorge en dessous quand je vais me chercher un latte, sans avoir à expliquer à un «wannabe» client que je ne bois pas de foutre pour cinquante dollars dans la ruelle tout près de chez moi.

La morale d'une femme, proportionnelle ou non à la hauteur de ses talons?

Une femme s'habillant comme elle le veut serait automatiquement une prostituée? Quand je porte des talons hauts et des shorts en jeans pour faire un risotto, dans une cuisine collective, est-ce que je montre mes jambes parfaites ou mon envie de me faire frencher contre un four? Être une salope se réduirait à toute tenue qui montre plus de peau que de tissu?

Quand j'ai demandé sur les réseaux sociaux, ce que c'était, être une salope, les réponses m'ont étonné, parce que je ne pensais pas que le terme était encore aussi mal vu qu'avant le mouvement de réappropriation de ce mot.

«Une salope, c'est une fille qui couche avec tout ce qui bouge, sans principes, juste pour déranger.»

«Une fille qui couche avec n'importe qui pour se valoriser. Une fille qui essaie de te voler ton chum.»

«Une fille qui montre son cul et couche avec beaucoup de mecs. Si elle aime ça, pourquoi pas? Pour moi, le terme ne veut plus rien dire.»

«La société ne comprend pas encore que la femme peut souhaiter être une salope, sans que ce soit dégradant.»

«J'aime utiliser les mots pour ce qu'ils sont. Une "slut", c'est une prostituée. Voir des filles dire "une slut c'est une femme libérée", c'est à mon avis un manque de connaissances générales.»

«Que ce soit sexuel ou non, une salope fait délibérément des actes méchants, pour faire souffrir. Comme un salaud. Au lit je peux utiliser des expressions osées, mais jamais je ne tolérerais que mon mari me traite de salope!»

«Une femme qui contrôle sa vie et sa sexualité. Elle ne couche pas avec n'importe qui. Elle choisit selon ce qu'elle aime. Elle peut avoir un chum et des blondes. Elle peut avoir du plaisir à des soirées fétichistes ou demander la fessée chez elle.»

Marche des Salopes et «Sluts Against Harper»

En consultant certaines des réponses, j'ai pensé au mouvement des «Slut Walk», à la Marche des Salopes ayant eu lieu à Montréal et à laquelle j'avais participé, enceinte de ma fille, dans une tenue vraiment pas sexy (des bas léopard dans des sandales, vraiment).

Cet événement international, se voulant entre autres contre le sexisme et la culpabilisation des victimes de violence sexuelle, est le résultat d'un choix de conseils douteux d'un policier torontois. Il estimait que les femmes ne voulant pas se faire agresser sexuellement n'avaient qu'à ne pas s'habiller en salope.

Les manifestantes à l'occasion de ces marches ne sont pas les seules à revendiquer le terme salope et un changement de mentalité. Les élections fédérales ont inspiré une étudiante en sexologie à promettre des photos sexy à quiconque lui prouverait avoir voté.

Le nom du groupe d'hommes et de femmes derrière l'investigatrice du projet: «Sluts Against Harper». Utiliser le terme salope dans un contexte politique est provocant : prendre son corps comme ressource pour renverser un gouvernement qui ne se préoccupe pas du corps des femmes, justement, est à la fois un geste engagé, puissant et amusant.

Une sexualité qui n'a pas à être critiquée

Ne pas vouloir se faire traiter de salope est légitime, mais comment est-il possible de renier tout un courant de réappropriation d'un mot, afin de le changer d'insulte à action politique, d'insulte à fierté, d'insulte à affirmation de soi?

Je ne sais toujours pas ce que je répondrais à la fille qui liait vêtements osés à activités sexuelles tarifiées.

Mais je sais que ce sera toujours offensant de rabaisser une femme à un jugement sur sa sexualité, et que les travailleuses du sexe méritent aussi qu'on leur dise «bonjour», avant de leur demander le prix pour une acrobatie sexuelle dans une auto.

Suivez-moi aussi sur melodienelson.com, un blogue adulte.

Aussi sur Canoe.ca:



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Photos

Vidéos